|
Que signifie être soi ?
Être soi ne consiste nullement, comme on le croit, à faire « ce dont on a envie », librement, affranchi de tout devoir, de toute limite et de tout sentiment de culpabilité, sans tenir compte de la volonté d’autrui, ni en se plaçant au centre du monde, sans attache ni souverain, se coupe de ses origines, bref, de tout ce qu’on n’aurait pas délibérément choisi.
Paradoxalement, c’est lorsque le sujet se croit le plus libre, incapable de contrôle et de patience, qu’il est le moins autonome psychiquement. La liberté excessive invalide et diminue l’autonomie psychique.
Etre soi veut dire s’aimer, s’accepter, se respecter tel qu’on est, dans son corps, son âge et son sexe.
Lorsqu’on est soi, on ne se trouve ni enclavé par, ni inclus dans le psychisme des autres, bien qu’étant en lien et en échange avec eux, dans le respect de la différence et de la distance.
Etre soi signifie pouvoir ressentir, penser, choisir, désirer, décider, s’exprimer en son propre nom, pour son compte propre et de sa vrai place, en étant conscient des enjeux et de ses responsabilités.
Etre soi se constitue au sein du triangle père- mère- enfant à l’aide de deux ingrédient majeur l’amour et l’autorité.
Le gros rocher, le seul vrai obstacle importunant cette circulation, provient de la culpabilité et de la dépression infantile précoce ( DIP).
Celles- ci apparaissent essentiellement dans trois situations.
L’enfant se voit parfois personnellement victime, en toute innocence, d’une maltraitance, d’un rejet, d’un désamour, d’un abus sexuel. Il assiste, à d’autres moments, en toute impuissance, à la souffrance de ses proches : maladie, dépression, décès, divorce.
Enfin, en troisième lieu, branché sur l’inconscient de ses parents et donc relié à leur enfants intérieurs, il accède au « disque dur » de l’héritage transgénérationnel.
Toute dépression renvoie invariablement à une mort symbolique, à l’existence des fantômes errants, des cadavres intérieurs laissés sans sépulture.
La libido afin de circonscrire la DIP, mais aussi pour sauver les autres parties saines et vivantes du psychisme des risques de contamination, se voit contrainte de s’emballer, de s’emporter, de surenchérir, de s’exciter, en sombrant dans l’excès. Cela fait tomber en panne le thermostat régulateur.
Le sujet n’est plus porté par le « désir » tranquille, serein et gratuit, mais par le « besoin » tendu, crispé, impérieux et vital d’echapper toujours et partout à la mort psychique. Celle –ci apparaît sous les forme déguisées de l’ennui, de la solitude, du vide, de la monotonie.
Ainsi, il se met constamment en quête intense, addictive et dépendante d’objets, de personnes et de substances lui procurant la sensation d’être vivant, entier et réel : l’hyperactivité, la surconsommation, la sexualité effrénée, l’abus de médicaments, l’utilisation de drogues, licites ou illicites…..
Enfin pourquoi la promesse d’être soi se voit-elle récompensée par le bonheur ?
S’il est lui-même dans sa fonction et place, vivant et entier, à distance de la culpabilité et de sa DIP, il ne se trouvera plus dans des situations expiratoires et masochistes d’échec et d’autopunition. Il ne se sacrifiera plus aux autres, en refusant inconsciemment le bonheur.
Le bonheur d’être soi de moussa nabati.
|